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Leçon de chimie n°33 (agrégation) :
Principe et illustrations des dosages rédox par potentiométrie (MPSI).
Transcription des notes manuscrites de préparation à l'agrégation. Les schémas et le détail des calculs sont dans le document original : télécharger la leçon manuscrite (PDF, 9 pages).
Introduction
Les réactions d'oxydoréduction servent régulièrement aux dosages (taux d'alcool dans le sang, indices de pollution). Plutôt qu'une méthode simplement volumétrique, la potentiométrie est la plus commode : on observe un saut de potentiel à l'équivalence. La réaction doit être totale, unique et rapide.
Principe de la potentiométrie
Dispositif expérimental
Électrode indicatrice et électrode de référence plongeant dans la solution, reliées à un millivoltmètre : pour la réaction red(1) + ox(2) → red(2) + ox(1), on construit une pile dont on étudie la fem en fonction du volume de titrant versé à la burette.
Électrodes indicatrices
- Électrode inattaquable, souvent en platine, dont le potentiel dépend des activités des espèces en solution.
- Électrode métallique : en général la forme réduite d'un couple dont l'oxydant est en solution.
Électrodes de référence
Potentiel constant quels que soient les couples en jeu ; on les préfère à l'ESH, irréalisable en pratique.
- Calomel saturé (Hg2Cl2/Hg) : \(E = E^\circ - 0{,}06\log[\mathrm{Cl^-}] \approx 0{,}244\) V à 25 °C.
- Chlorure d'argent (AgCl/Ag) : environ 0,197 V à 25 °C.
- Sulfate mercureux (Hg2SO4/Hg) : environ 0,658 V à 25 °C.
- Si un ion en solution peut perturber l'électrolyte de l'électrode de référence, on utilise une allonge. On mesure fem = \(E_{couple} - E_{réf}\).
Réalisation des dosages
Les demi-équations font apparaître H3O+ : il faut un pH bien déterminé, souvent acide, obtenu avec H2SO4 concentré, qui ne perturbe pas les échanges électroniques (HCl ou HNO3 ne conviennent pas). Une réaction quantitative ne suffit pas, il faut aussi considérer l'aspect cinétique : les échanges électroniques sont souvent lents, mais certaines réactions sont autocatalysées.
Dosage des ions fer II par les ions cérium IV
Généralités et dispositif
Électrodes de platine et de référence, Fe2+ (\(C_0\), \(V_0\)) dans le bécher, Ce4+ (\(C\), \(V\)) à la burette, en milieu acide (Ce4+ n'est pas soluble dans l'eau à pH proche de 0) : Fe2+ + Ce4+ → Fe3+ + Ce3+, \(\log K = \dfrac{1}{0{,}06}\left[E^\circ_{Ce^{4+}/Ce^{3+}} - E^\circ_{Fe^{3+}/Fe^{2+}}\right] \approx 11{,}17\) : réaction totale. Taux d'avancement \(x = \dfrac{CV}{C_0V_0} = \dfrac{V}{V_{éq}}\).
Principe de l'étude de E = f(x)
Trois parties : avant l'équivalence (Fe2+ et Fe3+ coexistent), après (Ce4+ et Ce3+ coexistent), à l'équivalence ; trois relations toujours vérifiées : conservation du fer, conservation du cérium, stœchiométrie [Fe3+] = [Ce3+].
Étude théorique
- Avant l'équivalence : \(E = E^\circ_{Fe^{3+}/Fe^{2+}} + 0{,}06\log\dfrac{x}{1 - x}\), courbe centrée sur \(x = 1/2\) où \(E = E^\circ_{Fe^{3+}/Fe^{2+}}\).
- Après l'équivalence : \(E = E^\circ_{Ce^{4+}/Ce^{3+}} + 0{,}06\log(x - 1)\) ; pour \(x = 2\), \(E = E^\circ_{Ce^{4+}/Ce^{3+}}\). E étant bien supérieur après qu'avant, on prévoit un fort saut de potentiel à l'équivalence, ce qui permet de la repérer (analogie avec le domaine d'Henderson et le saut de pH, non parfaite).
- À l'équivalence : juste avant (\(x = 1 - 10^{-2}\)), \(E \approx 0{,}89\) V ; juste après (\(x = 1 + 10^{-2}\)), \(E \approx 1{,}32\) V : une goutte provoque un grand saut. Avec les deux couples et [Fe2+] = [Ce4+] : \(E = \dfrac{E^\circ_{Fe} + E^\circ_{Ce}}{2} \approx 1{,}10\) V.
Courbe de dosage
- En \(x = 0\), le potentiel n'est pas défini en théorie ([Fe3+] nulle) mais la fem est mesurable : le contact avec l'oxygène de l'air oxyde un peu de Fe2+.
- La courbe expérimentale peut différer : participation du solvant dans la zone Ce4+/Ce3+ (oxydation de l'eau par Ce4+, d'où une fem plus basse), complexation des espèces par SO42− qui abaisse les potentiels standards.
Indicateur coloré rédox
Couples dont les deux formes ont des couleurs différentes ; si leur potentiel standard est dans la zone de saut, le changement de couleur coïncide avec l'équivalence : l'orthophénanthroline (ferroïne, bleu pâle/rouge, \(E^\circ \approx 1{,}06\) V), utilisée en très faible quantité car une partie du titrant la dose. Beaucoup de solutions sont auto-indicatrices (MnO4−/Mn2+, I2/I−), ce qui limite l'emploi d'indicateurs.
Dosage des ions fer II par le permanganate
Présentation
Même dispositif ; \(E^\circ(\mathrm{Fe^{3+}/Fe^{2+}}) = 0{,}77\) V et \(E^\circ(\mathrm{MnO_4^-/Mn^{2+}}) = 1{,}51\) V : MnO4− + 5 Fe2+ + 8 H3O+ → Mn2+ + 5 Fe3+ + 12 H2O, \(K \approx 10^{61}\). À l'équivalence, \(n_{Fe^{2+}} = 5\,n_{MnO_4^-}\) : elle correspond à \(x = 0{,}2\).
Étude de E = f(x)
- Avant l'équivalence : comme précédemment.
- Après (pH = 0) : \(E = E^\circ_{MnO_4^-/Mn^{2+}} + \dfrac{0{,}06}{5}\log(5x - 1)\).
- À l'équivalence : \(E = \dfrac{5E^\circ_{MnO_4^-/Mn^{2+}} + E^\circ_{Fe^{3+}/Fe^{2+}}}{6}\) : la zone de variation brusque n'est plus symétrique.
Comparaison théorie-expérience
Pour \(x < 0{,}2\), même explication que précédemment (complexation du fer par SO42−, couples [Fe(SO4)2]−/[Fe(SO4)2]...) ; pour \(x > 0{,}2\), l'écart vient d'un potentiel mixte entre MnO4− et H2O (le couple O2/H2O intervient), l'oxydant ne réagissant pas totalement avec Fe2+. Le permanganate doit impérativement être dans la burette : dans le bécher, il réagirait avec le Mn2+ formé (2 MnO4− + 3 Mn2+ + 6 H2O → 5 MnO2 + 4 H3O+), réaction parasite plus lente, négligeable dans ces conditions.
Conclusion
On a vu le principe des dosages d'oxydoréduction ; si l'atomicité des deux espèces d'un couple diffère, ou si l'une d'elles n'est pas en solution, les calculs de potentiel sont plus compliqués et exigent de nouvelles données.
Bibliographie
- H-Prépa, Chimie I et II
- Mallet, Cours de chimie
- Chimie I, Bréal (expériences de chimie au CAPES)


