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Leçon de chimie n°38 (agrégation) :
Utilisations des diagrammes potentiel-pH. Applications à l'hydrométallurgie du zinc (PSI).
Transcription des notes manuscrites de préparation à l'agrégation. Les diagrammes E-pH de l'eau, du cuivre, du zinc, du fer, ainsi que des exercices sur le chrome, le nickel, le plomb et l'accumulateur au plomb, sont dans le document original : télécharger la leçon manuscrite (PDF, 8 pages).
Introduction
Après les diagrammes de prédominance en fonction d'une seule variable (le pH), on s'intéresse aux interactions entre réactions échangeant des électrons et réactions échangeant des protons : les diagrammes potentiel-pH permettent de prévoir de nombreux phénomènes.
Intérêt des diagrammes potentiel-pH
Stabilité des espèces d'un élément
Ils indiquent le comportement d'un élément porté à un certain potentiel dans une solution aqueuse de pH variable : ses différents états d'oxydation se répartissent en domaines disjoints, de prédominance (espèces dissoutes) ou d'existence (solides). En superposant plusieurs diagrammes, deux domaines qui se recoupent indiquent que les espèces peuvent coexister.
Importance du diagramme de l'eau
H3O+/H2 : \(E = -0{,}06\,pH\) ; O2/H2O : \(E = 1{,}23 - 0{,}06\,pH\) (pressions de H2 et O2 fixées à 1 bar ; on écrit les demi-équations avec H3O+, plus commode pour faire intervenir le pH). Une espèce est stable en solution aqueuse si son domaine a une partie commune avec celui de l'eau.
Application au diagramme du fer
Comportement du fer métal en solution aqueuse
Pas de domaine commun entre Fe et H2O : les solutions aqueuses oxydent le fer en fer(II) : Fe + 2 H3O+ → Fe2+ + H2 + 2 H2O (milieu acide), Fe + 2 H2O → Fe(OH)2 + H2 (eau). Expérience : HCl sur poudre de fer, dégagement de H2.
Système Fe(0)-Fe(III)
Domaines disjoints : les deux espèces ne peuvent coexister et réagissent par médiamutation, Fe + 2 Fe3+ → 3 Fe2+. Expérience : poudre de fer et FeCl3, filtration, puis ferricyanure : précipitation du bleu de Turnbull, qui caractérise Fe2+.
Diminution du pouvoir oxydant de Fe(III)
Elle se traduit par la pente de la frontière Fe(OH)3/Fe2+ quand le pH augmente. Expérience : FeCl3 et KI, I2 brun apparaît, extrait au toluène (phase organique violette) ; avec de la soude concentrée, précipité vert de Fe(OH)2 ; en agitant les deux phases, précipité rouille de Fe(OH)3 et la phase organique se décolore. En milieu acide 2 Fe3+ + 2 I− → I2 + 2 Fe2+ ; en milieu basique I2 + 2 OH−... : I2 + 2 Fe(OH)2 + 2 OH− → 2 Fe(OH)3 + 2 I−. (En milieu basique I2 se dismute aussi en IO3− incolore : c'est l'apparition de Fe(OH)3 qui prouve la réaction.)
Application au diagramme du cuivre
Comportement du cuivre métal
Domaine commun avec l'eau : le cuivre peut coexister avec l'eau à tout pH, c'est un métal noble ; il peut en revanche être oxydé par le dioxygène de l'air.
Particularité du cuivre(I)
Il n'existe pas tel quel en solution aqueuse : en milieu basique, Cu2O rouge brique (Cu+ + OH− → CuOH, puis 2 CuOH → Cu2O + H2O) ; en milieu acide, dismutation 2 Cu+ → Cu2+ + Cu. Expérience possible : liqueur de Fehling et aldéhyde, Cu2O.
L'hydrométallurgie du zinc
Présentation
La métallurgie extrait les métaux de leurs minerais, où ils sont oxydés : leur préparation est une réduction ; en solution aqueuse, c'est l'hydrométallurgie, qui assure 90 % de la production de zinc (10 % par pyrométallurgie). Étapes : minerai ZnS, grillage, oxyde de zinc ZnO (calcine), lixiviation neutre puis acide et élimination de Fe3+, solution de sulfate de zinc et cations métalliques, cémentation, solution de sulfate de zinc, électrolyse, zinc très pur.
Diagramme potentiel-pH du zinc
Domaines de Zn2+, Zn(OH)2, Zn(OH)42− et Zn ; Zn(OH)2 se déshydrate car ZnO est stable en milieu basique : la mise en solution se fait en milieu acide.
Lixiviation
- Attaque d'un minerai par une solution aqueuse réactive.
- Lixiviation neutre : ZnO + 2 H3O+ → Zn2+ + 3 H2O (réaction acide-base, le pH vaut environ 7 à la fin, et la température augmente grâce à cette réaction). En solution passent aussi Cd2+, Ni2+, Cu2+, Co2+ et Fe2+, oxydé par O2 en Fe3+ qui précipite à pH > 2 ; une partie reste solide : la ferrite de zinc (ZnO, Fe2O3).
- Lixiviation acide : le résidu solide est attaqué à chaud par la solution de la dernière étape (électrolyse), qui contient H2SO4 ; en solution, Zn2+ et Fe3+, éliminé par la jarosite.
Cémentation
On élimine les impuretés pour obtenir du zinc très pur, mais aussi pour ne pas perturber les aspects cinétiques de l'électrolyse. Le zinc lui-même sert de réducteur (zinc en poudre très fine puis filtration) ; seuls les ions Mn2+ résistent, mais ils ne gênent pas l'électrolyse car leur potentiel est nettement négatif. Expérience : clou de zinc (depuis le début de la préparation) et poudre de zinc dans CuSO4 : dépôt noirâtre de cuivre et décoloration, Cu2+ + Zn → Cu + Zn2+.
Électrolyse
Anodes en plomb (inattaquables en milieu sulfate), cathodes en aluminium recouvert d'Al2O3, cuve en PVC vers 40 °C, tension de 3,2 à 3,7 V : Zn2+ + 2 e− → Zn (−0,76 V) et H2O → 2 H+ + 2 e− + ½ O2 (1,23 V). À la fin, il reste environ un tiers de la solution initiale, renvoyée à la lixiviation ; les ions Mn2+ s'oxydent en MnO2 qui se dépose sur le plomb.
Conclusion
L'hydrométallurgie est la technique la plus utilisée pour extraire les métaux : elle coûte moins en énergie et les moyens mis en œuvre sont moins importants.
Remarques
- Le plomb, passivé en PbO2, n'est pas attaqué bien qu'oxydable en milieu acide et basique ; sur l'aluminium recouvert d'Al2O3, on devrait avoir un dégagement de H2, mais grâce aux surtensions on peut déposer le zinc.
- Conventions de frontière : pour les espèces dissoutes, la concentration de travail est la concentration totale en élément (Cl2/Cl− : équipartition de l'élément, [Cl−] = 2[Cl2]) ; pour les espèces gazeuses, pression de 1 bar ; espèces dissoutes et solides : domaines de prédominance et d'existence.
- Acidité du complexe Fe3+/H2O : le doublet de l'oxygène sert à la liaison, l'hydrogène devient plus labile.
- Calcine : le grillage de la blende donne ZnO, ferrite Fe2O3 et oxydes de plomb et de cadmium ; au laboratoire, ZnO + Fe2(SO4)3 + SiO2 + PbO + CuO. On grille la blende car le soufre se mettrait entre les grains de zinc et faciliterait la corrosion. Jarosite pour sortir Fe3+ du milieu : 4 Fe(OH)3 + Fe2(SO4)3(NH4)2SO4.
Bibliographie
- H-Prépa, Chimie 2e année
- Mallet, Chimie 2e année et Chimie des matériaux inorganiques
- Chimie MP-PT, collection Puf
- Sarrazin, L'oxydoréduction
- Chimie I, Bréal


